La géologie de la Suisse se divise en trois grandes régions : les Alpes, le Plateau et le Jura, le Plateau jouant le rôle de piémont glaciaire entre les deux autres. La stratigraphie du Plateau se caractérise généralement par une molasse subhorizontale, recouverte de dépôts glaciaires ou périglaciaires quaternaires issus de la glaciation würmienne, la moraine de fond constituant le faciès morainique emblématique. Cette moraine, de faible perméabilité, sépare parfois les aquifères sous-jacents situés dans les discontinuités de la molasse de ceux présents dans les formations morainiques et périglaciaires superficielles. Cet article aborde cette problématique rencontrée au nord de Lausanne lors de la conception d'un tunnel ferroviaire peu profond, à l'interface entre la molasse et les dépôts quaternaires. Les valeurs de perméabilité in situ de la moraine, les essais de pompage et les relevés piézométriques y sont analysés, afin de déterminer si une séparation étanche existe effectivement entre la molasse grise aquitanienne de Lausanne et les dépôts quaternaires. Un calcul d'écoulement numérique a été réalisé et calé sur les essais de pompage afin de remonter à la perméabilité du massif conduisant aux abaissements observés. Un écart a été relevé entre la perméabilité tirée des essais et celle correspondant aux simulations. L'absence de certitude quant à la fonction d'étanchéité de la moraine dite « de fond » a amené l'ingénieur-conseil et le maître d'ouvrage à changer le concept de drainage de l'ouvrage, passant d'un tunnel drainé à non-drainé, en tenant compte de la législation suisse de protection des eaux (ici souterraines). Ce cas illustre la considérable hétérogénéité des formations glaciaires et périglaciaires, ainsi que l'importance d'une étude approfondie pour la conception des tunnels à faible profondeur et la maîtrise de leur impact environnemental et hydrogéologique.

