Le glissement d'Harmalière présente des réactivations soudaines, sous forme plastique à l'amont et qui évoluent en coulée à l'aval. Depuis sa dernière réactivation majeure (juin 2016), le site est instrumenté avec, notamment, des sismomètres. L'analyse du bruit de fond sismique a permis de déterminer les variations relatives de la vitesse des ondes de surface entre différentes configurations de capteurs. Les résultats montrent deux chutes importantes de vitesse jusqu'à quelques jours avant deux réactivations d'un volume d'environ 100 000 m3 chacune (janvier 2017, février 2021). Ces deux réactivations ont été causées par des événements de foehn, associés ou non à de la pluie, et durant lesquels des augmentations brutales de température ont permis de faire fondre rapidement la couverture neigeuse et d'infiltrer l'eau dans le sol.
En parallèle, pour comprendre ce qui pourrait contrôler la transition glissement-coulée dans la partie centrale, une tomographie 3D par bruit de fond sismique a été conduite à l'aide de 100 capteurs. Ceux-ci ont été disposés dans la partie centrale du glissement durant un mois en juin 2021, et couvraient une surface de 800 × 650 m². Les résultats suggèrent la présence, à quelques dizaines de mètres de profondeur, d'un bombement de matériaux rigides (paléo terrasses fluviatiles). Ceux-ci pourraient servir de butée mécanique à l'amont de laquelle les matériaux argileux qui s'accumulent progressivement augmentent la contrainte cisaillante au sein du glissement. Une fois la contrainte critique atteinte, les sédiments argileux adoptent un comportement fluide et évoluent en coulée.
Ces résultats confirment l'intérêt du bruit de fond sismique pour l'imagerie des glissements, mais également dans le but de développer des systèmes de surveillance opérationnelle.

