La tomographie 3D par bruit ambiant (ANT) est une méthode non invasive et à haute résolution pour l'imagerie du sous-sol. Dans ce projet, cette solution a été appliquée sur trois zones situées à proximité du Rhône, avec pour objectifs principaux l'évaluation géothermique et géotechnique des sites, la caractérisation hydrogéologique des dépôts sédimentaires, et l'estimation du risque sismique à partir de la cartographie du paramètre Vs30.
Plus de 1 100 capteurs sismiques autonomes ont été déployés, dont plusieurs directement placés dans le lit du Rhône, illustrant l'adaptabilité de la méthode à des environnements mixtes (terrestres et subaquatiques). Les capteurs sont restés en enregistrement entre 168 et 192 heures par site, permettant d'obtenir plus de 300 000 mesures de corrélation croisée.
L'exploitation du bruit sismique naturel et anthropique à partir de l'interferométrie sismique a permis de reconstruire un modèle 3D de vitesse des ondes de cisaillement (Vs) jusqu'à environ 60 mètres de profondeur. Ce modèle révèle la variabilité latérale et verticale des couches sédimentaires, précise la géométrie des transitions quaternaire-tertiaire et met en évidence l'extension de paléo-chenaux glaciaires au sein du substratum molassique tertiaire. Ces informations constituent des données clés pour les premières phases de modélisation géologique, de sélection de sites géothermiques, ou encore d'analyse du risque sismique.
En réduisant fortement le recours aux forages et aux carottages, l'ANT offre une alternative sécurisée, économique et non destructive aux méthodes géophysiques classiques. L'intégration réussie de capteurs sous-marins confirme la robustesse du dispositif et son applicabilité dans les vallées fluviales, deltas et zones hydrogéologiquement sensibles, typiques des projets d'aménagement et d'infrastructure tels que les barrages hydroélectriques.

